Des Châteaux de Bordeaux renommés en Châteaux Lapin Impérial…

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Depuis une décennie, de riches entrepreneurs chinois investissent dans le vignoble français, et plus particulièrement dans le vignoble bordelais. Selon La Revue du Vin de France, les Chinois possèdent 1,25% des vignobles bordelais, soit un peu plus de 100 châteaux sur les 8 000 propriétés que compte le bordelais.

Cette situation aurait pu passer inaperçu si le changement de propriétaire n’avait pas eu pour conséquence de changer des appellations traditionnelles de Châteaux Bordeaux par des noms plus… exotiques.

Un riche investisseur chinois, Chi Keung Tong, a ainsi acheté quatre domaines bordelais entre août 2016 et septembre 2017 : le Château Larteau à Arveyres, le Château Tour Saint-Pierre à Saint-Emilion, le Château Clos Bel-Air à Pomerol, et le Château Senilhac à Saint-Seurin-de-Cadourne.

Ces Châteaux de Bordeaux ont été rebaptisés de façon pour le moins originale par son nouveau propriétaire, faisant ainsi beaucoup parler d’eux dans le milieu vinicole et même au-delà. Voici quelques belles pépites qui valent le détour.

Château L’Appoline

C’est en avril 2013 que l’entrepreneur chinois a fait sa première acquisition d’un vignoble bordelais : Château L’Appoline à Saint-Sulpice de Faleyrens. Ce domaine de 2 hectares est en appellation Saint-Emilion Grand Cru. Il avait été acheté en 1996 par la famille Genevey et se nommait alors Château Brégnet. 

Pour cette première acquisition, le Château L’Appoline est resté le Château L’Appoline.

En moins de deux ans, Chi Keung Tong s’est acheté pas moins de quatre châteaux. Cet homme d’affaire chinois est à la tête de plusieurs sociétés de vin, dont la SGV (Sigewei) Wines Group Ltd. 

Château Lapin d’Or

L’entrepreneur chinois s’est acheté son deuxième château en août 2016 : le Château Tour Saint-Pierre, en appellation Saint-Emilion Grand Cru.

Ce domaine de 12 hectares, anciennement le vignoble Vachon, est présent depuis le XVIIe siècle. Il appartenait depuis plusieurs générations à la famille Goudineau et est cultivé en agriculture raisonnée.

Le Château Tour Saint-Pierre est situé sur un terroir riche, qui bénéficie d’excellentes conditions naturelles (très bon drainage, bonne ventilation, belle exposition au soleil…). Ce vin composé essentiellement de merlot offre des arômes riches, une bouche ronde et moelleuse et des tanins pas trop puissants.

Le Tour Saint-Pierre à Saint-Emilion est ainsi devenu Château Lapin d’Or (Golden Rabbit Manor).

Château Grande Antilope

Le Château Clos Bel-Air en appellation Pomerol, dans le libournais, n’échappe pas non plus à la règle. Racheté par ce même homme d’affaire chinois en mars 2017, il a été de fait rebaptisé en Château Grande Antilope.

Le vignoble Golden Antelope Winery ne couvre que 2,34 hectares et produit seulement 10 000 Pomerol par an. Il fait partie des 30 établissements vinicoles de Pomerol. L’excellente réputation du prestigieux vignoble de Saint-Emilion ainsi que sa production limitée rendent ce vin encore plus populaire.

Depuis le XVIIIe siècle, la famille Lespine, propriétaire du domaine depuis cinq générations, y pratiquait des méthodes de vinification traditionnelles.

Ce magnifique domaine au terroir réputé prend ainsi aujourd’hui les doux noms de Château des Antilopes d’Or et Château Grande Antilope Pomerol AOC… 

Château Lapin Impérial

Sans doute notre best of.
En Dordogne, à 35 km à l’Est de Bordeaux, le Château Larteau à Arveyres est devenu Lapin Impérial (Royal Rabbit Winery) au cours d’un été. Ce joli domaine entouré de vignes appartenait à la famille Beylot pendant deux siècles (depuis 1776) et a changé de propriétaires au cours de ces vingt dernières années.

Le Lapin Impérial, acquis en mai 2017, produit des vins 100% merlot. Élevé en fût de chêne, il donne des vins complexes au goût élégant et souple, avec un arôme floral et fruité puissant. Idéal pour accompagner des lapins aux pruneaux !

Château Antilope Tibétaine

Le cinquième et dernier château acquis par l’entrepreneur chinois en septembre 2017, est le Château Senilhac à Saint-Seurin-de-Cadourne (situé à 65 km au nord de Bordeaux).

Ce domaine est en appellation Haut-Médoc. La propriété de 24 hectares  appartenait à la famille Grassin depuis 1938. A la fin du XIXe siècle, ce domaine était le plus gros producteur de Saint-Seurin-de-Cadourne.

Désormais, le Château Senilhac s’appelle Château Antilope Tibétaine.


Des noms d’animaux plus anciens

Donner des noms d’animaux pour le vin n’est pas une nouveauté.

Le vignoble français possède déjà des noms faisant référence à des animaux, comme le Château Cheval Blanc (grand cru de Saint-Emilion), le Château Mouton Cadet (Rothschild Bordeaux), La Girafe Blonde (AOC Beaujolais), ou encore Le Louveteau (Château Clos du Loup – Bordeaux).

Alors pourquoi pas des lapins et des antilopes, après tout.


Mais au fait, quelles sont les règles pour les étiquettes ?

Château Lapin Impérial, Château Antilope Tibétaine… Ces noms sont loin de faire l’unanimité. Pas sûr en effet que ces appellations farfelues fassent vendre dans les restaurants et supermarchés français. Les noms bien du terroir restent le meilleur argument de vente.

Il ne faut pas se le cacher : ces nouvelles appellations sont de toute évidence destinées au marché asiatique, très friand du vin français et surtout le Bordelais.

Que prévoit la législation concernant les noms de vin ?

Aucune loi empêche de nommer son château comme on veut, tant qu’on dépose le nom de façon officielle et que celui-ci est disponible. Traditionnellement, les noms de châteaux s’inspirent d’un lieu-dit (Tour de By…) ou d’une religion (Saint-Pierre, Le Clocher…).

Les appellations, quant à elles, ne peuvent changer de nom. Rassurons-nous, on boira toujours un Margaux, un Saint-Estèphe ou un Pomerol !

A quand le “Château Canard laqué AOC Pomerol” ?

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